Gestion

Si, en votre qualité d’artiste ou d’héritier·ère/ayant droit, vous décidez de constituer un estate, l’un des principaux aspects résidera dans sa gestion. À ce sujet, on se posera notamment les questions suivantes : « Qui va gérer la succession ? » et « Qui peut et veut s’occuper de la succession dans le futur ? ».

Gérer un estate n’est pas une sinécure, cela demande un investissement personnel considérable. Le but étant de conserver durablement la succession, de la valoriser et de la rendre accessible en conformité avec les intentions de l’artiste, cette gestion comporte toutes sortes d’aspects pratiques, de fond et personnels. Il est capital de bien réfléchir à la ou aux personnes qui assumeront cette tâche et aux aptitudes, fonctions et connaissances nécessaires à la réalisation des objectifs. Ambassadeur·rice de la succession, le ou la gestionnaire de l’estate travaillera à faire connaître la vie et la pratique de l’artiste.

Il existe différentes possibilités en ce qui concerne la gestion d’un estate. Si vous choisissez une gestion directe, c’est-à-dire en interne, les membres de la famille seront souvent impliqué·es et/ou actif·ves dans la gestion. Si, pour quelque raison que ce soit, ce n’est pas possible, vous pouvez opter, en tant qu’artiste ou héritier·ère/ayant droit, pour une gestion externe ou une combinaison des deux. Il est ainsi possible de confier la gestion de la succession, dans son ensemble ou en partie, à une galerie, à un musée, à un fonds d’archives existant ou toute autre initiative.

Ce qui compte, qu’il s’agisse d’un estate en gestion interne, géré en collaboration avec une partie externe ou en gestion exclusivement externe, c’est de définir clairement les droits et obligations des parties. Les bons arrangements font les bons amis ! Mettez donc autant de points que possible par écrit, sous forme de contrat ou de convention, pour éviter des discussions.

Gestion directe

Lorsque la gestion d’une succession (artistique) reste en main propre, en gestion directe, les membres de la famille ou les héritier·ères/ayants droit sont souvent concerné·es et actif·ves. La gestion directe présente des avantages et des inconvénients. D’un côté, personne ne connaît mieux la vie de l’artiste que sa famille, qui sera aussi plus naturellement encline à défendre ses intentions et ses intérêts. Du fait de leur implication affective, les membres de la famille témoignent en effet de dévouement et de motivation. D’autre part, cette charge émotionnelle peut aussi être un handicap : il faut en effet être capable de prendre du recul et d’adopter une approche objective.

Si, en tant que membre de la famille, vous décidez de gérer vous-même la succession, il est important de bien réfléchir à tout ce qu’implique l’organisation d’un estate et à l’impact que cela aura sur votre vie.

  • Ai-je vraiment envie de prendre la responsabilité de la gestion de la succession et de l’estate ?
  • Est-ce compatible avec mon emploi actuel ?
  • Est-il possible d’exercer ce mandant comme un emploi à temps plein ?
  • Comment vais-je subvenir à mes besoins ? Quelles sont les aptitudes nécessaires pour administrer un estate ?
  • Quelles sont mes compétences ?

C’est un engagement important, tant sur le plan professionnel que personnel. Il est donc capital de réfléchir sérieusement avant de se lancer, et d’en parler avec son entourage.

En tant qu’artiste, vous pouvez aussi décider de votre vivant que l’estate sera administré en gestion directe et réfléchir à qui serait susceptible d’en assumer l’administration. Parlez-en avec les personnes auxquelles vous pensez, impliquez-les dans votre pratique artistique et initiez-les au fonctionnement du secteur (artistique). Ce qui compte, c’est que les personnes concernées connaissent la valeur de vos œuvres et vos intentions en ce qui concerne l’estate. Vous pouvez mettre tout cela par écrit, sous la forme d’un testament qui servira de fil conducteur pour l’avenir.

CONSEIL : En tant qu’artiste, demandez-vous quel souvenir vous souhaitez qu’on garde de vous. Notez trois raisons de constituer un (futur) estate et intégrez-les dans votre estate planning.

CONSEIL : Si vous êtes héritier·ère ou membre de la famille de l’artiste, demandez-vous pourquoi vous souhaitez gérer sa succession (artistique). Quelles étaient les intentions de l’artiste et que pouvez-vous faire pour les réaliser ? Tenez compte des réponses à ces questions dans votre estate planning.

La gestion d’un estate demande diverses aptitudes et fonctions et nécessite en outre certaines connaissances. Un estate requiert une gestion professionnelle, axée sur la poursuite des objectifs définis et des intentions de l’artiste. Voici quelques-unes des aptitudes et des connaissances spécialisées qui sont souhaitables :

  • Connaissance de l’œuvre et de la vie de l’artiste.

Il est indispensable de connaître les différentes composantes de la succession, les valeurs attribuées aux œuvres de l’artiste et son cadre de vie et de travail. Toutes les activités de l’estate s’articuleront autour de cela.

  • Connaissance du secteur (artistique) et du marché (de l’art).

Savoir ce qui se passe sur le marché et connaître ses centres d’intérêt peut aider à promouvoir la succession, à engager des (nouvelles) collaborations et à amorcer des (nouveaux) projets.

  • Gestion de projet.

Il faut être capable de mettre de nouveaux projets sur pied, de les encadrer et de les subdiviser en tâches faisables. Il faut pouvoir tenir compte des moindres détails sans jamais perdre de vue l’ensemble. Si vous disposez d’une équipe, vous devez être capable de la diriger et de la motiver dans son travail afin d’atteindre les objectifs.

  • Création d’un réseau.

Il est conseillé de construire un réseau de contacts professionnels pour promouvoir la succession. Les collaborations s’avéreront utiles pour monter des projets, ouvrir de nouvelles pistes et donner une plus grande assise à la succession.

  • Manutention d’œuvres d’art (art handling)

Savoir comment il convient de manipuler des œuvres d’art en fonction des matériaux, comment les emballer et les transporter est important pour la conservation durable de la succession. C’est aussi utile lors de projets tels que l’organisation d’une exposition ou le prêt d’une œuvre.

Parmi les autres compétences bienvenues, on citera la communication, ainsi que des connaissances en matière de comptabilité, de rédaction de contrats, de gestion financière et de conclusion de polices d’assurance. Il vous faudra communiquer sur vos projets, l’état d’avancement de l’estate et les méthodes qu’il applique. Des connaissances juridiques pourront également s’avérer précieuses pour s’y retrouver dans la législation et choisir une forme juridique appropriée pour l’estate. Réfléchissez bien aux compétences qui seront importantes pour le bon fonctionnement de l’estate.

Que vous soyez artiste, héritier·ère/ayant droit ou personne intéressée, il est indispensable si vous décidez de gérer vous-même une succession (artistique) d’évaluer vos propres compétences afin de définir clairement votre rôle dans la gestion de l’estate. Si toutes les fonctions ou compétences ne peuvent pas être remplies par des membres de la famille, vous pouvez faire appel à une partie externe : ami·es, connaissances, ancien·nes collaborateur·rices ou spécialistes. Pour ce faire, vous pouvez vous appuyer sur le réseau de l’artiste : galeristes, chercheur·euses, commissaires, etc. Ces personnes pourront vous aider à constituer l’estate, participer à son fonctionnement ou trouver pour vous les personnes adéquates.

Si vous êtes artiste et envisagez de mettre sur pied un estate, mais que vous n’avez ni famille ni héritier·ères/ayants droit, d’autres options s’offrent à vous pour assurer la conservation durable de votre succession. Vous pouvez, par exemple, sonder des ami·es ou des connaissances pour voir si cela ne pourrait pas les intéresser. Vous pouvez aussi fonder une organisation ou une fondation qui subsisterait après votre décès et qui aurait pour but la préservation et la gestion de votre succession. Enfin, il est également possible de confier la gestion de votre succession à un·e partenaire externe, comme un musée ou une galerie. Ces organisations pourront perpétuer votre succession et lui donner de la visibilité auprès du grand public.

CONSEIL : En composant votre équipe, pensez à la structure juridique de votre estate. Pour certaines structures, un certain nombre d’organes d’administration, de fonctions et de membres sont requis, et il faut parfois créer un comité consultatif (voir page « Structure juridique »).

CONSEIL : Si vous avez la possibilité d’engager quelqu’un pour vous aider à administrer l’estate, vérifiez d’abord attentivement si c’est financièrement faisable et quelles en seraient les conséquences pratiques. Quand on embauche du personnel, il faut satisfaire à toutes sortes d’obligations, comme établir un contrat de travail et un règlement de travail, conclure une assurance accidents du travail, tenir un registre du personnel, etc.

Visitez la fondation Jenny & Luc Peire à Knokke. Photo: CKV (2022).

Succession artistique de l’artiste plasticien Luc Peire (1916-1994) 

En 1994, l’artiste Luc Peire a créé par testament la fondation Jenny & Luc Peire. Le but de cette fondation est de rendre son œuvre accessible à un large public et de préserver son cadre de vie et de travail à Knokke. Dans son testament, Luc Peire a désigné plusieurs spécialistes et membres de sa famille pour participer à la constitution de la fondation, en vue d’assurer la conservation et la gestion durables de sa succession artistique. Il a également stipulé par testament ses intentions, et a fourni les moyens nécessaires à leur réalisation. Au bout de trente ans, la fondation Jenny & Luc Peire a été intégrée aux activités du musée Mu.ZEE à Ostende.

(Marc Peire – ancien collaborateur)

Gestion externe

Il est également possible de confier la gestion de l’estate à un·e partenaire externe : un musée, une galerie ou toute autre initiative. Les responsabilités de ceux-ci peuvent varier. Pour mieux visibiliser et valoriser la succession (artistique), on peut choisir de travailler avec plusieurs galeries. Dans le cas d’un musée, on peut décider d’intégrer une partie de la succession ou le tout dans ses collections et signer une convention en ce qui concerne sa préservation et sa gestion. Cette option reste envisageable après la mise sur pied d’un estate en gestion directe, comme objectif final.

Remarque : Il faudra bien entendu qu’il y ait suffisamment d’intérêt et de moyens du côté de l’organisation pour assurer la gestion de la succession (artistique).

On peut envisager à cette fin de vendre une partie de la succession et de faire don du produit de la vente au musée en même temps que du reste de la succession. Cet argent permettrait de couvrir les frais de gestion de la succession. Les priorités varieront en fonction des instances qui reprennent l’estate. Une galerie, par exemple, privilégiera davantage l’aspect commercial de la succession qu’un musée.

Des options mixtes sont également envisageables : par exemple, une collaboration avec une partie externe pour compléter certaines fonctions de l’équipe de l’estate. On pourra ainsi collaborer avec des galeries pour la promotion et la vente de la succession (artistique). Ou décider d’intégrer les archives dans une institution gestionnaire de collections pour les mettre à la disposition des chercheur·euses.

Enfin, des collectionneur·euses ou autres personnes intéressées peuvent également constituer un estate, par intérêt pour l’artiste en particulier ou par amour de l’art en général. Si l’on dispose de l’entièreté de l’œuvre et des archives d’un·e artiste donné·e, il est possible de tout rassembler au sein d’une succession (artistique), pour les conserver durablement et les rendre accessibles.

Succession artistique de l’artiste plasticien Philippe Van Snick (1946-2019) 

À sa mort, Philippe Van Snick a laissé, outre son œuvre, d’importantes archives. Celles-ci se composent, entre autres, de documents audiovisuels (photos, diapositives, planches-contact) et de matériaux documentaires (esquisses, dessins, correspondance, invitations, coupures de presse, etc.). Une partie des archives papier a été évaluée pendant le projet pilote. Le CKV a encadré cet exercice d’évaluation, réalisé en vue d’une donation à la bibliothèque de l’Université de Gand, où ces archives ont ensuite été inventoriées et numérisées.

Plus d’infos sur le project pilote :  https://www.archiefphilippevansnick.be/s/collection/page/inleiding. (accessibles en néerlandais)

Lire la suite ? Rendez-vous à la page suivante : Mission, vision et objectifs

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